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Bonaparte, Premier consul, franchissant le Grand-Saint-Bernard, le 20 mai 1800 (détail) Jacques-Louis David 1802 Huile sur toile H. 267 cm ; l. 223 cm Paris, musée du Louvre, département des Peintures, dépôt au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

L’image de l’exposition : Bonaparte, Premier consul, franchissant le Grand-Saint-Bernard

jeudi 7 janvier 2021

Par Frédéric Lacaille,
conservateur général en charge des peintures du 19e siècle et des prêts aux expositions des Châteaux de Versailles et de Trianon

 

Il n’y a pas d’image plus emblématique de Napoléon chef de guerre que ce célèbre portrait de David ci-dessus (Bonaparte, Premier consul, franchissant le Grand-Saint-Bernard, le 20 mai 1800), commandé au retour de la seconde campagne d’Italie. Le modèle aurait demandé à l’artiste de le représenter « calme sur un cheval fougueux », très loin de la réalité triviale de cette traversée des Alpes enneigées qui se fit à dos de mulet. D’une manière magistrale, David fixait l’image du héros des temps modernes, ouvrant une ère nouvelle pour la peinture d’histoire. Premier consul et chef de guerre, Bonaparte était en outre célébré comme l’héritier des grands héros du passé, tels ceux qui avaient franchi les Alpes avant lui, Hannibal et Charlemagne, dont les noms sont gravés dans le rocher à ses pieds, au côté du sien.

On méconnaît souvent que le premier exemplaire de cette oeuvre extrêmement fameuse fut commandé non par son modèle, mais par le roi d’Espagne Charles IV, par l’intermédiaire de son ambassadeur à Paris, avant même la paix signée entre son pays et la France, le 1er octobre 1800, et exécuté à la fin de cette année. Le souverain espagnol le destinait au salon des grands capitaines du Palais royal de Madrid, où il devait côtoyer d’autres grands portraits équestres de Titien, Rubens ou Velázquez.

Emporté par le nouveau roi d’Espagne, Joseph Bonaparte, lors de son départ précipité en 1813, puis passé à sa descendance, il fut légué au musée de Malmaison. Les répliques commandées par le Premier consul, dispersées au hasard de l’histoire, sont conservées l’une au château de Charlottenburg à Berlin (provenant de Saint-Cloud, remise à Blücher en 1815), une autre au Kunsthistorisches Museum de Vienne (provenant du palais de la République cisalpine de Milan, emportée par les Autrichiens en 1834), et deux encore sont à Versailles. Celle-ci, datée au revers de l’an XI, provient de la bibliothèque de l’hôtel des Invalides, à Paris, où elle fut placée en décembre 1802. Déposée en 1816 et mise en magasin au Louvre, elle fut envoyée à Versailles sous Louis-Philippe.

Extrait du catalogue de l’exposition « Napoléon » à paraître le 7 avril 2021 (éditions Rmn-Grand Palais, 272 pages, 25 euros)